L’ordre libertaire : La vie philosophique d’Albert Camus Résumé

, par  Edgard

Beaucoup ont entendu parlé ou lu le livre de Michel Onfray sur Albert Camus qui a créé pas mal de remous à sa sortie.
Nombreux sont ceux qui ont surtout retenu la polémique suscitée par Onfray dans sa volonté de réhabiliter la réputation de Camus, considéré comme un « philosophe pour classes terminales » par une grande partie de l’intelligentsia parisienne de son époque, et plus particulièrement par Sartre qui ne le tenait pas en haute estime.
Mais, au-delà de cette polémique, ce qui m’a personnellement le plus frappé à la lecture de cet ouvrage, c’est que son sujet, à savoir la vie philosophique de Camus, m’est apparu comme un prétexte pour parler longuement de la pensée libertaire. D’où sans doute son titre principal, bien mis en évidence, « L’ordre libertaire », et qui m’avait quelque peu interpellé quand j’ai eu cet ouvrage pour la première fois en main.

A la lecture, je découvre tout d’abord l’ampleur de la production littéraire de Camus qui touche à de nombreux genres : du roman à la philosophie, en passant par des essais, des pièces de théâtre, des récits et des nouvelles, sans oublier les nombreux écrits et articles publiés dans une série de journaux engagés de l’époque tant en Algérie qu’en France.

Mais, ce qui a ensuite le plus éveillé mon intérêt a été de constater l’importance de l’engagement social et politique de Camus qui a milité activement pour la défense des plus démunis et des exploités de la grande œuvre coloniale en Algérie. Il a adhéré au mouvement syndical d’une part, et a milité activement d’autre part au sein du parti socialiste algérien et ensuite au parti communiste comme nombre de ses camarades résistants pendant la seconde guerre mondiale.

Mon intérêt s’est encore davantage aiguisé quand Camus quitte le parti communiste à la suite de son rejet de toute forme de totalitarisme qu’il soit fasciste ou communiste. Il prend alors de plus en plus fait et cause pour ce qu’Onfray appelle le « socialisme libertaire pragmatique », influencé en cela par les idées défendues par le Conseil National de la Résistance et ses lectures des penseurs anarchistes et libertaires tels que Proudhon, Kropotkine, Elisée Reclus et Sébastien Faure.

Malgré un côté verbeux et répétitif propre à l’écriture d’Onfray, je recommande fortement la lecture de ce pavé de plus de 700 pages, édité chez Gallimard en 2012 et réédité aux éditions J’ai lu en 2015.
On y trouve un plaidoyer sur l’anarchisme et l’ordre libertaire dégagés des à priori qui véhiculent une vision souvent trop caricaturale en mettant l’accent sur leurs aspects négatifs comme le refus de toute forme d’Etat et le recours à la violence systématique.
Le livre tend à démontrer qu’une autre pensée anarchiste existe, principalement en France, et qui s’oppose aux violences révolutionnaires assimilables à des guerres civiles. Ce courant vise pacifiquement la paix, un socialisme affranchit de tout autoritarisme, une fraternité respectueuse des différences, et un Etat garant du respect des libertés individuelles dans le cadre de l’intérêt général et du bien public.

Toute la seconde partie de l’ouvrage va longuement développer la pensée libertaire et tenter ainsi de relégitimer ce mouvement en montrant combien Camus en a été un des fers de lance à travers son livre « L’homme révolté », fort mal reçu lors de sa sortie.
Ce qui peut paraître d’autant plus étonnant quand on examine les idées défendues par Camus, à savoir : la liberté préservée dans une approche fédéraliste contre la centralisation jacobine de l’Etat ; la préférence de la non violence pour régler les problèmes entre les hommes ; le pacifisme désireux de diplomatie ; l’internationalisme comme garantie d’une vie post-nationale ; l’antifascisme sous toutes ses formes.
Tout ce positionnement partant du principe qu’il vaut mieux la paix que la guerre, la vie que la mort, la liberté que l’autorité, le verbe plutôt que la guillotine.

Un grand humaniste à (re)découvrir à travers ce bouquin d’Onfray qui ne cache pas son admiration pour Camus auquel il s’identifie par de nombreux aspects.

L’ordre libertaire : La vie philosophique d’Albert Camus
Michel Onfray
Broché : 797 pages
Editeur : J’AI LU (2 janvier 2013)
Collection : DOCUMENTS
Langue : Français
ISBN-10 : 2290059803
ISBN-13 : 978-2290059807