Syndicalisme et environnement : je t’aime, moi non plus ?

, par  Jean-Louis PONT

Les manifestations très légitimes des gilets jaunes et autres mouvements de colères ces derniers mois ont mis en lumière tant les problèmes de vie décente que leur tension avec la dynamique écologique. Les difficultés rencontrées par un nombre croissant de citoyens ont mené à la perception d’une opposition entre (i) lutte syndicale d’un côté et (ii) nécessité de changement de société pour arrêter de peser sur notre environnement au-delà de sa capacité de régénérescence.

Cette tension empêche la pleine implication de nos syndicats lorsqu’on tente de promouvoir une société respectueuse de l’environnement auprès des camarades qui luttent durement pour préserver leur travail et des rémunérations acceptables.

Pourtant, cette opposition est totalement contraire à l’écologie telle qu’elle est pensée aujourd’hui. Celle-ci vise aussi à réduire les inégalités, faire disparaître la pauvreté tout en favorisant les comportements écologiquement responsables et en s’attaquant aux gros pollueurs. La grande majorité des citoyens, même aux niveaux de vie aisés, n’est donc pas la cible principale. DÉFENSE DES TRAVAILLEURS ET CITOYENS DE CONDITION MODESTE EST TOTALEMENT CONCILIABLE AVEC DÉFENSE DE L’ENVIRONNEMENT, ILS POURRAIENT MÊME SE RENFORCER MUTUELLEMENT !

En effet, à travers l’écologie, ce sont des valeurs d’égalité et de partage proportionnel de nos responsabilités sur l’environnement qui sont défendues. Il est inconcevable de demander des efforts diminuant son niveau de vie à une famille qui a déjà du mal à boucler ses fins de mois, tout au moins sans lui proposer une alternative satisfaisante.
Par contre, il n’en est pas de même au-delà d’un certain niveau de confort et surtout lorsque les rentrées financières deviennent un simple moyen d’accumulation au-delà d’une épargne raisonnable. Dans ce cas, exiger une contribution d’autant plus élevée que ces rentrées deviennent superflues a tout son sens.

Les opposants à l’écologie parlent souvent de potentielles taxes injustes et ils ont raison. C’est déjà souvent le cas et la facilité pourrait conduire à en créer de nouvelles pour l’environnement. La T.V.A. est une de ces taxes injustes qui s’appliquent avec le même taux que l’on soit riche ou pauvre. Il conviendra donc de veiller à ce que les futures taxes s’appliquent avec des taux variables en fonction des situations de richesses et avec un seuil au-dessous duquel aucune taxe n’est exigible.

Promouvoir une société qui respecte l’environnement et la capacité de la nature à se régénérer doit impliquer des efforts de tous mais à des degrés différents. Il est possible pour chacun de penser à prendre un sac pour aller faire ses courses, d’utiliser un vélo pour de petits trajets, d’acheter des produits dans un minimum d’emballages, de réduire leur recours aux compagnies aériennes à bas coûts. C’est surtout ce genre de changement de comportement et de mentalité qui est demandé à chacun, vers le respect de toute forme de vie. A côté de cela, il est absolument nécessaire de demander aux plus nantis d’arrêter leur consommation de prestige gaspilleuse d’environnement. Prendre de gros 4x4 pour le moindre déplacement, prendre son jet privé pour relier Bruxelles et Paris, arroser des pelouses équivalentes à des terrains de football, chauffer/climatiser des maisons énormes, n’est plus acceptable pour des usages personnels.

L’écologie, c’est revenir au sens de la mesure pour toutes nos consommations tout en se disant que chacun devrait avoir un droit équitable de polluer (il est impossible de ne pas le faire du tout). C’est s’assurer que nos pollutions ne dépassent pas ce fameux seuil de capacité d’absorption et de régénérescence de la nature de notre Planète. UN MÊME DROIT DE POLLUER (le moins possible) POUR RICHES ET POUR DÉMUNIS, voilà un facteur de justice et de réduction des inégalités.

Syndicalisme et environnement : comment réussir un mariage heureux ?

Non seulement la défense des travailleurs n’est pas contraire à celle de l’environnement et de la vie, mais elles pourraient se renforcer mutuellement pour tendre vers un monde plus juste où l’épanouissement collectif et le bien-être soient mieux assurés.

L’essence du syndicalisme est de mettre les citoyens ensemble pour défendre l’intérêt collectif, celui du plus grand nombre. Pour cela, il dispose de moyens de communication, de mobilisation et de négociation, en vue d’atteindre le meilleur compromis.

La défense de l’environnement pour assurer un monde viable, et même agréable, a justement besoin de ces mêmes moyens d’action et de mobilisation. Il s’agit de mobiliser pour converger rapidement vers un monde fonctionnant sur de nouvelles bases, plus égalitaires et respectueuses de tous les êtres vivants.

De son côté, les outils de la transition environnementale vers un nouveau système de société peuvent apporter ce grand défi mobilisateur qui s’est sensiblement essoufflé dans les combats syndicaux de ces dernières décennies. Il s’agit d’une mobilisation dépassant la lutte des classes tout en l’incluant, donnant de nouvelles missions et sources d’utilités à tous. Cela pourrait créer une prospérité commune hors des mirages économiques, financiers, monétaires actuels. L’Être humain retrouverait ainsi une de ses fonctions essentielles, celle d’être sociable et en besoin d’interconnexions meilleures que celles du monde virtuel.

Ainsi, il est grand temps de réconcilier deux idées progressistes qui constituent deux grand thèmes de ce début de XXIe siècle.
Il est grand temps de rendre sa fonction initiale au travail et au travailleur, celle de servir à l’épanouissement des femmes, des hommes, des jeunes et des enfants.
Il est grand temps de renouer notre rapport avec la nature qui nous porte et à laquelle nous appartenons par une recherche d’équilibre qui permette à cette nature de prospérer.
Il est grand temps de nous unir tous pour éviter des crises majeures, déstabilisatrices, chaotiques, « vivicides », et de permettre des adaptations progressives vers le progrès et plus d’harmonie.